ARTPIES
 

A Beaubourg, une exposition qui manque de surprise.
´Dionysiacª sans plaisir

Par HervÈ GAUVILLE
samedi 26 février 2005


L'exposition s'appelle ´Dionysiacª. Ce titre est supposÈ faire rÈfÈrence ý la Naissance de la tragÈdie de Nietzsche, qui n'a ÈtÈ Ècrit ni en franÁais ni en faux anglais. Dionysos ešt ÈtÈ plus simple mais risquait de ne pas faire assez jeune. Dionysiac sonne comme Star Ac.

Vague idÈe. Les 17 artistes sÈlectionnÈs sont-ils dionysiacs, ont-ils inventÈ pour l'occasion des oeuvres particuliËrement dionysiaques ? Encore faudrait-il avoir une vague idÈe de ce que pourrait de nos jours recouvrir un tel terme, appliquÈ ý des productions contemporaines. La distribution s'Ètablit ainsi : quatre AmÈricains, quatre Autrichiens, deux Allemands, deux Suisses alÈmaniques, un Britannique, un Irlandais, un Italien, un Sud-Africain, un FranÁais. Elle reflËte assez fidËlement l'Ètat du marchÈ de l'art actuel. On ne reprochera pas ý la commissaire Christine Macel de faire preuve d'un chauvinisme exacerbÈ ni d'avoir choisi un artiste franÁais mÈconnu. Fabrice Hyber a dÈcrochÈ en 1997 le gros lot ý la Biennale de Venise (ý l'Èpoque, son patronyme portait un t final : Hybert). Bon nombre de ses voisins de cimaise font, eux aussi, partie du gotha de l'art contemporain. Tel est le cas par exemple de Thomas Hirschhorn, dont la derniËre exposition au centre culturel suisse de Paris a remportÈ un joli succËs de scandale, amplifiÈ par l'attitude un peu bornÈe des autoritÈs helvÈtiques.

Et Dionysos dans tout Áa ? Il ne faudrait tout de mÍme pas l'oublier. C'est ce qu'a dš se dire Martin Kersels en intitulant habilement Dionysian Stage sa contribution ý l'exposition. Il s'agit d'un gros nid encombrÈ d'objets divers qui tourne sur lui-mÍme et projette quelques reflets Áý et lý. Cette sculpture monumentale est supposÈe danser. Voilý une curieuse conception de la danse. Sans doute faut-il y voir un clin d'oeil myope au Zarathoustra de Nietzsche.

Urinoir ý ´teddy bearsª. Le philosophe, revisitÈ par une lecture assez naÔve de Georges Bataille et de Francis Picabia, inspire peut-Ítre aussi Kendell Geers. Ce dernier a imaginÈ une Sainte Vierge dÈdoublÈe, reproduite sur les murs de la salle qui lui est impartie. Cette Marie dionysiaque est photographiÈe en trËs grand format et en train de se masturber. A ses pieds, quelques tessons de bouteilles cassÈes Èvoquent sans doute l'agressivitÈ tranchante du dieu grec en proie ý ses pulsions.
Richard Jackson a optÈ, quant ý lui, pour une version enjouÈe du dionysiac. Il a peinturlurÈ huit ours en fibre de verre moulÈe occupÈs ý uriner dans des vespasiennes, certains d'entre eux Ètant dotÈs d'une tÍte en forme de pissotiËre. L'allusion ý l'urinoir de Marcel Duchamp semble Èvidente. Ce qui l'est moins, c'est le rapport qu'aurait entretenu avec Dionysos l'inventeur du ready made passÈ maÓtre dans le jeu d'Èchecs. Peut-Ítre les teddy bears amateurs de tasses sont-ils aptes ý dÈclencher une franche rigolade et, de la sorte, rÈveiller l'humour lÈgendaire attribuÈ ý l'auteur de la Joconde moustachue. Le coin des rieurs est aux chiottes.

´Artpiesª. Une derniËre plaisanterie ne manquera pas de soulever l'hilaritÈ gÈnÈrale. Le soir du vernissage, une quarantaine de manifestantes autodÈsignÈes sous le nom de code d'´artpiesª ont distribuÈ des tracts faisant remarquer que, sur les 17 artistes invitÈs, il n'y avait pas une seule femme. La misogynie serait-elle le fin du fin du dionysiac ?

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